Photographies Gérard Rancinan

Texte Caroline Gaudriault

« Le titre n’est pas gagné. Je ne peux pas prendre le moindre risque. Jusqu’au bout je dois garder le chrono et la maîtrise. »

Sébastien Loeb

C’est un rallye d’exception qu’affronte Sébastien Loeb ce week-end. Emotion et pression au rendez-vous, le nouveau papa fête la naissance de sa fille, Valentine et le départ de son mentor, Guy Fréquelin. Plus que tout, il lui fallait décrocher son quatrième titre de Champion du monde pour l’offrir à l’équipe Citroën et à sa famille. Pourtant à la veille du départ, rien n’était joué. Le dernier rallye de la saison s’annonçait comme une épreuve : terrain exceptionnellement glissant et intenses rafales de vent. Dans l’intimité chronologique du champion et de son copilote, radiographie d’une semaine sous haute tension.



Mercredi 28 novembre. Sur les routes terriblement boueuses de la campagne galloise, la course contre la montre a débuté pendant les reconnaissances et Sébastien annonce la couleur à ses mécaniciens : « Les conditions sont particulièrement difficiles. L’adhérence change à tout moment et la voiture part facilement. » Il est midi. Depuis le matin, Sébastien et Daniel ont déjà avalé quatre spéciales, deux fois de suite. C’est maintenant le moment d’engloutir en vingt minutes chrono leur déjeuner. Les pilotes appellent parfois, de leur voiture, le chef de cuisine pour se faire bichonner. Sous la tente en prise avec la pluie et le vent, un plat en sauce attend les champions. Ceci dit, aucune minute n’est perdue. Les mécaniciens refont le plein pendant que les pilotes téléphonent à leur ingénieur. A moins que Sébastien n’en profite pour appeler sa femme, Séverine, qui vient de donner naissance à une petite Valentine. Sébastien découvre les premières joies de la paternité et entre autres, le manque de sommeil ! Son ostéopathe, Marc Germain, baptisé « Centurion » d’après un personnage d’Astérix, n’est jamais très loin, pour remettre d’aplomb son champion : « Cela fait trois ans que je le soigne, je le connais par cœur. J’ai pu remarquer qu’il avait un petit coup de fatigue. Mais il a une force de récupération impressionnante. » Marc se surnomme « l’ostéo-nounou ». Il intervient en cas de blocage musculaire et pour le reste, il « bichonne ». Il rassure. Il conseille.


Sous la tente d’assistance Citroën, l’équipe n’est pas encore au complet, mais les ingénieurs se préparent dans une tension toujours mesurée : « Un championnat, c’est l’addition de 16 manches. Il ne se gagne pas sur un seul rallye ; il n’y a donc pas plus de pression sur celui-ci que sur les précédents » confie, pragmatique, Didier Clément, l’ingénieur de Sébastien Loeb, conscient cependant de l’enjeu décisif. Pour Guy Fréquelin, le Directeur sportif le plus respecté du WRC, qui quitte le championnat, une victoire serait le plus beau cadeau pour tirer un trait sur sa magnifique carrière. Ce soir, c’est d’ailleurs la fête du « Freq », petit surnom pour dire « le boss ». Marie-Pierre Rossi, l’attachée de presse de l’équipe est inquiète: « C’est un pot de départ surprise, il peut mal le prendre car on n’a pas l’habitude de célébrer un événement avant un rallye. » L’homme d’autorité laisse filtrer son émotion quand dans la tente Citroën ; toute l’équipe et celles concurrentes, la presse française et internationale lui rendent hommage. « Je te dirais simplement merci car je te dois beaucoup et tout au long de ma carrière chez Citroën, tu m’as beaucoup appris » lui adresse Sébastien Loeb. Malcolm Wilson, le manager de l’équipe Ford prend Guy Fréquelin dans ses bras et salue les deux plus grands managers de l’histoire automobile « Jean Todt et Guy Fréquelin ». Le ton était donné, ce rallye va se courir sous une intense émotion.






Jeudi 29 novembre. Temps clair. Dernière journée avant le départ. Il est 7h20. Sébastien, Daniel et Guy Fréquelin se retrouvent intimement au petit-déjeuner. La star c’est Valentine Loeb. Complice de son coéquipier et avant tout ami, Daniel montre à Guy les photos de la merveille pendant que le papa prend un air songeur… La journée commence en douceur. Marc Germain, l’ostéopathe, prépare sa balance pour peser les pilotes. Moins de 150 kg pour le duo Sébastien-Daniel et Dani-Marc : le poids est respecté.

A 8h, la voiture est prête. Les pilotes partent pour l’ultime répétition du shakedown. L’ambiance est studieuse dans le Motor home des ingénieurs. Guy Bottlaender, le prévisionniste de Météo France Sport, annonce sans surprise la couleur pour le week-end « pluie et brouillard ». Xavier Mestelan-Pinon, le responsable technique, donne les derniers avertissements aux mécaniciens : « Restons à l’écoute, même au moment où l’on pense que rien ne va se passer. Il faut tirer les conclusions de l’Irlande. » Trois minutes après le départ de la première spéciale, un bruit mécanique avait alerté les pilotes. Sans paniquer mais sous très haute pression, ingénieurs et mécaniciens ont cherché, au parc d’assistance, l’origine de la panne. « Quand on a compris qu’il s’agissait de l’amortisseur, » poursuit-il, « j’ai appelé le laboratoire à Satory pour parler à l’ingénieur en charge de la pièce et avoir ses premières analyses. Les conséquences pouvaient être graves, on risquait soit de mettre le feu, soit de perdre la roue. Les pilotes ont su gérer leur monture et gagner le rallye. » Toute l’équipe se souvient de ce vendredi noir. Chacun a fait appel à ses talents techniques autant qu’humains pour gérer le stress et l’urgence. Ils le savent tous : le succès ou la défaite est aussi la somme d’une multitude d’impondérables. La performance de tous s’accompagne d’une grande humilité. Et tant que rien n’est joué, le mot « victoire » est tabou pour l’équipe superstitieuse.

Il est 9h30. La voiture rentre et est désossée en un clin d’œil : pare-choc, protections et roues enlevés. Daniel révise avec ses mécaniciens les interventions qu’il peut être obligé de faire en pleine course, toute assistance d’un tiers étant interdite. Les six mécaniciens autorisés à travailler sur la voiture s’activent. Demain matin, le chronomètre est lancé et ils ne peuvent intervenir que dans un délai restreint.

10h20. Les ingénieurs et les quatre pilotes se retrouvent dans le camion pour un nouveau debrief d’avant course. On parle de tout : météo ; pneumatiques ; pression ; équipements… sous le contrôle de Guy Fréquelin, qui alerte sur la problématique majeure de la course : « la boue » et « le maintien de la voiture ».

Sébastien, qui ne s’est pas posé une seconde, a le temps d’avaler un déjeuner rapide avant de partir à Cardiff, pour la conférence de presse. Daniel reprend ses notes et est toujours prêt à blaguer pour évacuer la pression qui repose sur leurs épaules : « C’est en se mettant la pression que l’on fait des erreurs. Quand on les voit tous se ronger les ongles et se prendre la tête dans les mains, mieux vaut s’enfuir. Avec Sébastien, on respire plus dans la voiture, loin de la nervosité ambiante ». Pourtant, la pression, Daniel aussi l’éprouve : il court pour un record du monde des copilotes. « Cela me fait sourire de prendre le départ pour mon 98e rallye avec Sébastien, alors que l’on ne voulait pas me faire confiance au début. On préférait voir un copilote plus expérimenté. J’ai dû me battre avec le soutien de Seb pour rester à ma place. C’est sûr que si l’on ne me donnait pas ma chance, je ne risquais pas de progresser ! »

Aujourd’hui, si le copilote reste toujours dans l’ombre du pilote, Daniel a su tracer son sillon et s’imposer. Quand il fait une erreur pour la première fois de sa carrière au rallye du Japon, en se trompant dans l’annonce de note, il reçoit des messages du monde entier, en marque de soutien. La voiture est partie dans le décor mais la famille Citroën est solidaire. « La faute de l’un est la responsabilité de tous » explique Richard Micoud, Responsable Communication Citroën Sport ; il protège son pilote. « Au Japon, où le rythme est particulièrement difficile, entre les mises en place à 4h du matin et les derniers réglages très tardifs, on a tous fait des erreurs pendant le rallye. Evidemment, les conséquences ne sont pas les mêmes. Le poste de Daniel est ingrat car on relève personnellement une faute, alors que l’on partage une victoire. » Mais le public sait être solidaire et compatissant et ne tarie pas d’encouragements pour les deux co-équipiers lors de la séance d’autographes, à laquelle Sébastien et Daniel se plient, comme toutes les autres équipes, à chaque rallye.

La séance a lieu à Cardiff, en fin d’après-midi et c’est le dernier moment de décontraction, à la veille du départ. Dans l’hôtel de ville, une salle est dressée pour accueillir les pilotes. Une longue table en bois cirée trône au milieu de la pièce. Dani Sordo, sans prévenir, s’élance et s’y laisse glisser. L’ambiance est bon enfant avant de reprendre les voitures pour la cérémonie officielle de départ. Sébastien croise Marcus Grönholm, son principal adversaire et d’une accolade, tous deux se lancent un : « - Tu es prêt ? -Et toi ? », et d’un regard complice et respectueux, ils se quittent en espérant chacun faire une meilleure course que l’autre.






Vendredi 30 novembre. Quand Marcus Grönholm termine son petit-déjeuner, Sébastien Loeb descend juste au buffet de l’hôtel. C’est Marc Germain, son ostéopathe, qui le réveille à la dernière minute : « Quand certains pilotes se lèvent à l’aube pour faire des échauffements, Sébastien attend le dernier moment et est opérationnel immédiatement. Son passé de gymnaste lui a apporté une souplesse qui le sert encore aujourd’hui. » Il est 8h10, le départ de l’hôtel est imminent. Les quatre pilotes de l’équipe Citroën commencent la première journée de course en saluant toute l’équipe. Alors que Willie, un contrôleur écossais dépêché par l’organisation du WRC, vérifie que tout est conforme au règlement. Comme une musique bien réglée, les quelques dernières vérifications ont lieu suivant un ordre précis et rythmé : vérification des pneus, tours de la voiture avec ingénieurs et mécaniciens. Sébastien avale un deuxième petit-déjeuner, en prévision d’un repas tardif. Daniel se détend, s’empare du monte-charge, pose le pied dessus pour le hisser et sur un ton ironique qu’il adresse à tous : « Je fais monter la pression ! ». Didier Clément, l’ingénieur, est pour sa part concentré. Il adresse les dernières consignes au chef de voiture tout en mordant son crayon.

9h10. Le départ est lancé sous la pluie et l’obscurité d’une matinée considérablement nuageuse. La famille Citroën angoisse en silence. On se réchauffe autour d’un café. Les ingénieurs sont rivés à leurs écrans et à leur téléphone. Sébastien et Daniel luttent dans des rails glissants, la C4 patine, les pilotes, en sueur et concentrés, pointent à la troisième place. Dans la zone des médias, à 12h30, une horde de journalistes se rue sur Sébastien qui se prête volontiers au jeu, malgré l‘épuisement, le besoin de concentration, l’épreuve d’une course particulièrement difficile : « Le parcours est rempli de pièges. On ne voit pas où l’on va, tellement le brouillard est épais et je suis obligé de freiner à l’aveugle»

Son ostéopathe l’extirpe un moment pour lui donner le menu du jour : « poisson ». A la grimace de Sébastien, il rectifie pour un bon canard en brochette. Il se passera encore de bonnes minutes avant que Sébastien ne puisse rejoindre la restauration de la tente Citroën. Son beau-père, Richard Mény, l’encadre et le félicite. « Sébastien, c’est le garçon que je n’ai pas eu. Je suis tellement fier de lui. D’habitude, toute la famille assiste au rallye mais, cette fois-ci, c’est un peu exceptionnel. Ma femme est restée avec Séverine et le bébé. Je sais que Sébastien appelle ma fille à la fin de chaque spéciale et qu’elle suit la course de près par internet. »

Les voitures repartent en trombe pour un parcours sous une pluie toujours battante. L’équipe d’assistance technique les retrouve sur la zone de regroupement dans l’après-midi. Il est à peine 16h et il fait déjà presque nuit. Sébastien et Daniel ont mis leur rampe de phares. Ils sortent de la voiture pour vérifier la pression et changer les pneus. La voiture de Marcus Grönholm arrive à son tour et les deux pilotes s’échangent sous des trombes d’eau quelques mots d’encouragement. Marc Germain, l’ostéopathe, tend un café à Daniel : « C’est chaud ! » s’exclame t-il du fond du cœur. « C’est chaud… le café ! » Mais il reprend un air sérieux et mime les aquaplanings dans les rails. Puis il se tourne vers la vallée face à lui, à peine perceptible dans le brouillard : « Voilà ce qui nous attend maintenant. Qu’on est la rampe de phares ou non, cela ne changera pas grand chose ! ». Il ne croît pas si bien dire : dans la dernière spéciale, la rampe de phares ne fonctionnera plus correctement. Accroché à la précision des notes de Daniel, Sébastien a piloté en aveugle dans une nuit noire. La seule lumière visible était la torche de son copilote. Sous une tempête apocalyptique, les deux complices ont fini cette première journée de course dans les roues de leur adversaire, Marcus Grönholm. Un exploit pour conserver la troisième place.






Samedi 1 décembre. J-1. Une nuit de repos a eu raison des deux équipages, plus accrochés que jamais, plus volontaires. Dans ce jeu qui se décide parfois au dixième de seconde, sur ce terrain hostile et périlleux, Sébastien doit « assurer ». « On ne peut pas risquer de partir dans le décor. Il faut défier le chrono tout en gardant la maîtrise. Cela me demande encore plus d’énergie de devoir sans arrêt contrôler. » 8h20. La C4 part regagner, sous un ciel chargé, la première spéciale de la journée. Les hommes en rouge sont concentrés. La tente d’assistance est de jour en jour plus silencieuse. Pendant les spéciales, Sébastien roule les yeux fixes, la bouche fermée. Même dans les instants les plus délicats, les deux pilotes gardent leur sang-froid et leur visage relâché. Et pourtant, soulevant la terre sous leur passage, ils rasent les sapins, emportent les branches d’arbre qui dépassent, abordent les virages en travers, reprennent la piste par ses bords, toujours à la limite. Le rythme est haletant. La vitesse inimaginable. Les pilotes et leur machine ; la machine et ses pilotes : un seul et même corps, fusionnel. Malgré l’assourdissement du bruit et des vibrations, ils détectent le moindre détail suspect. La voiture est réglée avec une précision qui relève de la maniaquerie. Sébastien s’est même fait déplacer son siège « moins que le minimum de ce qu’il est possible de le déplacer ! » 

Le jour a fini par se lever. Les pilotes ont même pu bénéficier d’une éclaircie. 12h30. Dans un bruit pétaradant, la C4 arrive dans la zone médias. Certaines voitures ont déjà les carrosseries abîmées, un scotch de fortune sur les jantes… Le deuxième jour de course se fait sentir. Les pilotes semblent moins exténués que la veille. Enjoué, Daniel sort de sa voiture sur un : « C’était magnifique ! C’est tout ce qu’on aime : des routes larges et dégagées. » Sébastien confirme : « Sur un tel parcours, on rêvait d’attaquer, mais c’est impossible. Il faut savoir ce que l’on veut Les deux hommes s’en tiennent au leitmotiv : risque minimum. Micros et enregistreurs se tendent vers le pilote, stoïque, qui n’a pas eu le temps de souffler et qui répond docilement jusqu’aux dernières questions : « Je ne peux pas ne pas jouer le jeu, » confie Sébastien. « Je connais très bien tous les journalistes et le jour où les médias ne seront plus là, alors je m’inquiéterai. » Beau Prince.

Les pilotes ne laissent rien voir, ni la fatigue, ni les doutes. Et pourtant ! Derrière ces pilotes déterminés se cachent des hommes, avec leurs angoisses et leurs incertitudes. Comment peut-on croire à l’intensité de ce qu’ils viennent de vivre ? Didier Clément, leur ingénieur, vient récolter les premières impressions de la dernière spéciale et reste toujours impressionner par la capacité physique des pilotes : « Ils encaissent les coups et paraissent inattaquables. La force d’un grand champion comme Sébastien, c’est sa capacité à récupérer instantanément. » Mais la journée n’est pas finie. Les pilotes se rendent à Cardiff pour une « super spéciale » dans le stade, où le public peut enfin les voir rouler sans affronter la pluie au bord du parcours. Ils ne rentreront qu’à 20h30. Et Sébastien ne s’endormira, comme tous les soirs, qu’après sa séance d’ostéopathie, le seul vrai moment de décontraction de la journée. Serein, il a conservé sa troisième place, mais sait qu’il doit rester prudent. Demain, le parcours à travers des chemins étroits de forêts les attend…






Dimanche 2 décembre. Jour J. La première levée, c’est la petite Nadine. Une fan d’à peine 10 ans qui s’est réveillée à 4h30 pour soutenir Sébastien et Daniel au départ du dernier jour du rallye. Depuis cinq ans, elle n’en a pas manqué un seul, qu’il pleuve, vente ou neige. D’ailleurs aujourd’hui, c’est sous la pluie que la petite fille encapuchonnée, crie les prénoms de ses héros pour les encourager. Ils viendront la remercier avant que Sébastien parte chercher la voiture au parc fermé. 10 minutes chrono sont allouées aux mécaniciens pour régler la machine. Le moteur à peine coupé, l’avant de la C4 est déjà soulevé, Sébastien encore au volant. Economie de mots, précision des gestes, répartition des tâches. Trois minutes avant la fin du chrono, la voiture est prête, réglages effectués, pneus changés, carrosserie et vitres nettoyées. Daniel prend place, ses notes sur ses genoux. Sébastien, qui se préserve jusqu’au dernier moment, jette un dernier regard, plein de sens, sur les photos collées aux parois de la tente : les photos de ses trois précédents titres. Aujourd’hui, il est bien décidé à en ajouter une quatrième. ‘Klaxon’ de Daniel pour l’avertir de monter. Les deux pilotes s’élancent, un signe de tête en direction de l’équipe. Tout le monde a le cœur serré. L’enjeu est de taille : égaler le record encore détenu par les anciens champions Juha Kankkunen et Tommi Mäkinen, avec en face, un Marcus Grönholm bien décidé à ne rien laisser à son adversaire.

Les supports mécaniques de la tente d’assistance couinent sous les bourrasques de vent. Techniciens et ingénieurs entourent l’écran des résultats. Le café coule à flot, mais l’équipe reste sereine. L’ingénieur, Didier Clément, se rassure : « toutes les voitures roulent au milieu de la route ». Comprendre : zéro risque.

10h50. De retour à la tente, 30 minutes chrono sont imparties pour la voiture et les pilotes. Un problème de suspension est vite détecté et neutralisé. La Citroën démarre et les vibrations raisonnent au plus profond de toute l’équipe. Les visages émus s’accrochent aux derniers regards du pilote qui disparaît sur un « A tout à l’heure » plein de suspens. Il faut quelques secondes à chacun pour reprendre conscience.

L’instant décisif n’est plus qu’à 4h30 de route. Un temps dérisoire sur toute une année de championnat et pourtant tellement dense que les minutes semblent faites de plomb. « Vivement la fin » se disent en silence la plupart des ingénieurs regroupés dans le Motor home. Guy Fréquelin crispe les lèvres : « Quand on se bat si serré, on craint la tuile mécanique. » Les souffles sont courts même si la marque, solide de ses précédentes expériences victorieuses, a appris à gérer l’urgence jusqu’au bout. Toute l’équipe Citroën entoure les ingénieurs. Le Motor home est plein à craquer. L’arrivée de la dernière spéciale est imminente. « Plus que 20 secondes », annonce Loupo, le coordinateur. La pression monte. Les visages se détendent. Quelques secondes… les ‘Hourras’. Les yeux rougissent, quelques larmes et Guy Fréquelin se lève, invitant l’assemblée à le suivre dans les applaudissements. «Le « Freq », en manager prudent, attend l’arrivée officielle, après les 130 km de liaison jusqu’à Cardiff.

A 15h30, le point final de la saison est donné : Sébastien et Daniel sont pour la quatrième fois champions du monde. Les frissons parcourent le public, venu malgré la pluie galloise, lancer des hordes d’applaudissements à ses héros. Heureux fans, témoins d’un des championnats les plus disputés de ces dernières années. Heureuse issue, qui a vu le duel entre deux des plus grands champions de la décennie, Sébastien et Marcus. Heureuse équipe aux couleurs rouges, tous acteurs d’une formidable solidarité quasi familiale. Heureuse Séverine Loeb, venue féliciter son mari parmi la foule. Heureux Guy Fréquelin, « père spirituel » de cette partition musicale, qui quitte le championnat du monde des rallyes comblé et fier. « Je suis ravi pour toute la famille Citroën de conclure la saison par ce titre. » Mais le « Grizzli », perfectionniste et méfiant, ne peut contenir quelques mots : « Je considère que j’aurais rempli ma mission quand Citroën et ses pilotes continueront, après moi, à être champions du monde. » Le missionnaire n’est jamais totalement rassuré, mais à son clin d’œil, il semble plutôt serein.


©Caroline Gaudriault, décembre 2007

Chronologie d’un enjeu

Countdown to glory

« Sous la pluie et le brouillard, je pilote à l’aveugle »

Sébastien Loeb

Sébastien Loeb décroche son 4e titre mondial

Biographies :

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